Douzième Cahier


Trois lettres de René Béhaine à René Benjamin



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Antibes (sans date)

Cher Monsieur


Je n’ai pas perdu une heure, j’ai gagné une après-midi agréable – celle du 6 – à lire votre livre si vivant.

Je n’étais pas gai, je déplorai presque de n’être ni condamné de droit commun, ni agent bolchévisant, et j’ai oublié tout cela dans la compagnie d’un homme heureux. Vous en savez quelque chose, vous qui savez que la vie est un dur passage, et qui cependant, sans, comme moi, goûter la joie de celui pour qui elle est, cette joie, facile.

Merci donc de m’avoir entraîné avec vous dans cette existence qui ressemble si peu à la mienne, mais aussi d’avoir songé à me faire ce signe si amical.

Avec toute ma bien vive sympathie


Béhaine


**2**


la Plage d’Hyères


Mon cher confrère


J’étais aux premières audiences et je viens de lire votre article. Il est admirable, admirable, il crie ce que j’eusse voulu crier, vous rendez jusqu’aux nuances des sentiments que tout homme d’honneur a éprouvé et éprouve.

Je connaissais votre grand talent, je connais aujourd’hui le cœur qui l’anime. Je relis votre article, je le ferai lire, je l’envoie à l’autre bout de la France. Enfin il y a donc des esprits auxquels je m’apparente. Je ne suis donc pas le seul à être malade de ce que je vois, de ce que j’entends !

Permettez-moi de vous prier d’agréer l’expression de ma bien vive sympathie.


René Béhaine


N.B. – Cette lettre fait allusion au procès intenté à Léon Daudet après l’assassinat de son fils Philippe. René Béhaine avait assisté aux premières audiences qu’il a décrites dans de très belles pages de l’avant-dernier volume de l’Histoire d’une Société, L’Aveugle devant son miroir. Elle peut donc être datée de 1925 (voir Histoire d’une Société, pages choisies présentées par Xavier Soleil avec une lettre de Michel Déon Editions Nivoit, 2006 et Le Procès Daudet vu par René Béhaine - Maurrassianna n°4).


**3**


Les Rastines d’Antibes (nov.1933)


Cher Monsieur


Est-ce que je n’ai pas un peu ajouté – peut-être – à ce qui nous sépare ? Car, superficiellement, nous sommes très divisés, par le christianisme. Mais en vérité, si nous suivons des sentiers différents, la cime est bien la même, et je vous remercie d’avoir bien voulu m’exprimer avec tant de cœur et de générosité que vous l’avez senti.

Que cette horrible démocratie disparaisse au plus vite ! Peut-être pourrons-nous encore goûter, selon le mot si humain du duc de Guise, « les agréments de la vie ».

J’espère avoir le grand plaisir de faire un jour votre connaissance. Ma vie très difficile me retient dans ce pays d’ailleurs si beau. Mais quand vous viendrez sur la côte, n’oubliez pas que vous avez à Antibes un admirateur et un ami.


René Béhaine





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